Logo de la compagnie pétrolière et gazière française TotalEnergies à Rueil-Malmaison
TotalEnergies a publié mercredi des résultats en forte hausse au titre du premier trimestre 2026, dopés par la flambée des prix du pétrole due à la guerre au Moyen-Orient, qui ont ravivé en France le débat sur les "superprofits" liés à la crise.
La compagnie pétrolière et gazière française, également très présente dans les énergies renouvelables, a en outre décidé de distribuer un premier acompte sur dividende de 0,90 euro par action au titre de 2026 (+5,9%) et prévoit jusqu'à 1,5 milliard de dollars de rachats d'actions au deuxième trimestre, contre 750 millions au cours des trois premiers mois de l'année.
En France, où TotalEnergies a déjà plafonné les prix des carburants, Emmanuel Macron a appelé le gouvernement à étudier "d'éventuelles nouvelles réponses" face à la hausse de ces prix, selon des propos du chef de l'Etat rapportés par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, à l'issue du Conseil des ministres.
"Je ne rentrerai pas dans le 'Total bashing' comme le feront à n'en pas douter certains politiques. Pour autant, il y a une chose qui est claire : personne ne doit profiter de cette crise et aucun superprofit ne doit être réalisé, a fortiori en France", a-t-elle déclaré.
"Nous ne fermons (...) aucune porte par principe, que ce soit sur l'initiative portée (...) à l'échelle de l'Union européenne (...) ou sur d'éventuelles mesures qui pourraient être, le moment venu, intégrées notamment au projet de loi de finances 2027", a ajouté Maud Bregeon.
La porte-parole du gouvernement, qui est également ministre déléguée chargée de l'Énergie, a cependant qualifié TotalEnergies de "grand énergéticien français" et précisé que le gouvernement l'invitait à maintenir ses plafonnements de prix.
Les députés socialistes et apparentés ont pour leur part annoncé sur X le dépôt d'une proposition de loi pour "taxer les bénéfices exceptionnels liés aux crises".
"RENDRE AUX FRANÇAIS L'ARGENT QUI LEUR A ÉTÉ PRIS"
"A la suite des résultats exceptionnels du groupe Total (...), les socialistes déposent ce matin une proposition de loi afin de taxer les superprofits des profiteurs de crise, des pétroliers, qui s'engraissent aujourd'hui sur le dos des Français qui travaillent dur et qui paient aujourd'hui une facture de carburant (...) démesurée", a expliqué Philippe Brun, député (PS) de l'Eure.
"Par (une) surtaxe de 20% sur les bénéfices exceptionnels de ces sociétés pétrolières, nous voulons rendre aux Français l'argent qui leur a été pris."
TotalEnergies a souligné dans un communiqué que les marchés pétroliers se maintenaient à des niveaux élevés, autour de 100 dollars le baril, et restaient "extrêmement volatils".
"Compte tenu du délai de remise en service des installations de production au Moyen-Orient (2 à 3 mois), les prix devraient se maintenir à un niveau élevé durant le deuxième trimestre. En outre, l'impact (du) conflit sur les stocks d'hydrocarbures dans le monde conduit à ne plus considérer le scénario de surplus sur l'année 2026 qui était anticipé en début d'année", a-t-il ajouté.
Le groupe, dont les activités de négoce ont bénéficié de la volatilité des marchés, a confirmé pour 2026 sa prévision d'investissements nets de 15 milliards de dollars, précisant qu'il examinait "la possibilité d'accélérer des projets à cycle court pour tirer parti des prix actuels des hydrocarbures".
L'action TotalEnergies progressait de 0,43% à 78,61 euros à 11h26 GMT - contre +1% de l'indice STOXX regroupant les valeurs pétrolières européennes - affichant une hausse proche de 42 % depuis le début de l'année (+36% pour l'indice sectoriel sur la période).
RÉSULTAT NET AJUSTÉ EN HAUSSE DE 29%
La guerre contre l'Iran déclenchée par les Etats-Unis et Israël le 28 février et la fermeture du détroit d'Ormuz ont fait bondir les prix du pétrole au-delà de 100 dollars le baril, provoquant cependant pour TotalEnergies des arrêts d'installations au Qatar, en Irak et aux Émirats Arabes Unis représentant environ 15% de sa production globale.
Des frappes iraniennes ont notamment endommagé des installations de gaz naturel liquéfié (GNL) au Qatar approvisionnant le groupe français, ainsi que la raffinerie saoudienne SATORP qu'il codétient.
TotalEnergies a enregistré sur la période janvier-mars un résultat net ajusté de 5,4 milliards de dollars (+29%), un Ebitda ajusté de 12,6 milliards (+19%) et une production d'hydrocarbures de 2,553 millions de barils par jour dont la croissance organique de 4% a compensé l'impact de la guerre.
Selon un consensus compilé par LSEG, les analystes attendaient un résultat net ajusté de 5,0 milliards de dollars.
Le groupe estime que sa production devrait croître d'environ 4% au deuxième trimestre, hors impact du conflit au Moyen-Orient.
Greenpeace France a dénoncé dans un communiqué des "profits de guerre sur fond de crise énergétique", appelant le gouvernement à mettre en place "des taxes permanentes supplémentaires sur l'ensemble des profits réalisés par les entreprises pétrolières et gazières" pour financer des mesures de protection des plus vulnérables.
TotalEnergies a par ailleurs annoncé mercredi la finalisation de l'acquisition auprès de la société tchèque EPH, détenue par l'homme d'affaires Daniel Kretinsky, de 50% d'un portefeuille d'environ 14 gigawatts de centrales électriques à gaz et à biomasse, ainsi que de systèmes de batteries à travers l'Europe.
(Rédigé par Benjamin Mallet, avec America Hernandez, édité par Blandine Hénault)

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